mercredi 25 avril 2012

La Guyane française

La Guyane :

Il nous aura fallu neuf jours pour faire le trajet Fortaleza – Cayenne.  Neuf jours que nous avons la plupart du temps passés l’échine courbée sous des déluges de flotte. Ce voyage fût assez pénible et long. Le courant nous était favorable, mais nous avions du petit temps et la carène du bateau était très sale. Il a donc fallu se contenter d’une moyenne de 100 miles nautiques par jour. C’est au large de l’Amazone que les conditions météo furent les plus désagréables: Déluge sur le pont, manque d’air et à l'intérieur... Heureusement, nous avions la bonne humeur d’Igor.

Plus encore que le voyage, l’arrivée fut décevante. Je tenais absolument à remonter l’Oyapok jusqu’à St Georges car ce fleuve reste extrêmement peu fréquenté, et je l’imaginais comme une petite Amazone pénétrant la forêt primaire équatoriale. Malheureusement nous allons être éjectés par un courant de jusant extrêmement puissant. Nous aurions du mettre le moteur dès notre arrivée sur Cabo Orange, mais au lieu de cela nous avons effectué des dizaines de virements de bord, pendant plus de huit heures et ce, sans aucun résultat. Sans cesse, le courant nous portait au NE alors que nous devions aller au SW. De 3h00 à 9h00 du matin, je mis cela sur le compte de la marée descendante, mais lorsque la marée s’inversa, je fus bien obligé de constater que le courant nous repoussait toujours. Nous avons dû renoncer. Nous étions tous très fatigués de ces neuf jours de navigation et pour ne pas arriver de nuit avec un courant de marée défavorable, nous avons fini par mettre le moteur et filer sur Degrad des Cannes. La remontée du fleuve Mahury fut interminable, mais le soir du 12 mai, nous étions à Cayenne.

La ville nous a séduits et nous nous réjouissions du mixage des populations surinamaise, haïtienne, brésilienne, hmong, chinoise et autres venues compléter un tableau déjà largement hétérogène constitué des créoles (copieux métissage d’anciens esclaves africains, d’hindoustanis, d’européens, de chinois et de brésiliens), et bien sûr des ethnies amérindiennes. Nous déchanterons assez vite en réalisant qu’il n’existe quasiment aucun pont entre ces communautés et en déplorant que la population guyanaise et ‘’métro’’ soit exclusivement constituée de fonctionnaires. La Guyane, c’est aussi l’incompétence, le clientélisme, la corruption et une myriade de soldats, de policiers et de gendarmes. Il ne me faudra pas plus d’une journée pour me rappeler que nous sommes en France: Degrad des cannes étant très isolé, il nous fallait louer une voiture et ...mettre la ceinture…Ce retour en France me coûtera trois points...  Par ailleurs, l’humidité est à son maximum et le bateau souffre. A Degrad des cannes, la moisissure recouvre tous les bateaux, même lorsqu’ils tentent vainement de s’abriter sous des bâches plastiques. Ceux qui sont installés là depuis longtemps ont installé la climatisation à bord. L'ambiance n'est pas au beau fixe.. 

Nous rencontrons Erwan, un ancien para devenu membre de la Compagnie des Guides de Guyane. Sa connaissance du terrain et son intérêt pour la faune et la flore amazonienne nous laissent penser que la Guyane mériterait que l’on s’y attarde, mais la saison de pluies, le coût de la vie et la présence de la gendarmerie française nous incitent à partir au plus vite. Nous assistons tout de même au 202ème  lancement d’Ariane à Kourou, mais le 22 mai, Laurence et Laura repartent sur la France en avion.
Petit commentaire sur la Guyane :

Pour les naturalistes, la Guyane est sans doute l’une des zones les plus riches en biodiversité de toute l’Amazonie. Elle est reconnue pour être la région forestière du monde restée la plus intacte et la plus inhabitée.
Par un arrêté préfectoral de 1970, environ 30 000 km2 de forêt du sud (sur environ 90 000 km2 de forêt au total) ont été soustraits au voyeurisme malsain des touristes pour protéger les indiens des germes microbiens véhiculés par ‘’l’ethno-tourisme’’. Malheureusement, l’éco-business de certains ‘’protecteurs’’ de la nature (U.I.C.N. et W.W.F. entre autres) qui ne sont  pas, on s’en doute, à un génocide culturel près, a tout fait pour revenir sur ces dispositions.  Les ministères de l’environnement qui se sont succédés depuis le milieu des années 90 n’ont cessé de travailler sur le projet d’un grand parc national chez les indiens, alors que ces derniers n’avaient de cesse de répéter qu’ils ne voulaient pas de tourisme chez eux.
Un faux parc national (puisque l’exploitation des mines d’or se poursuit), et véritable zoo humain (invasion de l’ethno-tourisme au sein de communautés extrêmement pudiques), verra finalement le jour en 2007. Les amérindiens n’auront que trois représentants sur les quarante trois membres du Conseil d’Administration de ce parc. L’un d’entre eux s’est récemment suicidé…
Depuis, les choses ont continué de s’aggraver. La circulation des individus est notoire, des dizaines de milliers d’orpailleurs clandestins travaillent en plein cœur de la zone qui était autrefois protégées et les raisons sanitaires invoquées par l’arrêté de 1970 sont maintenant jugées obsolètes.
Il ne manquait plus, pour achever ce désastre qu’une décision de Nicolas Sarkozy. Ce fut chose faîte en février 2008. Les 8 millions d’hectares qui constituaient l’une des forêts tropicales les plus riches du monde ont été livrées aux sociétés minières avides d’un or qui, en période de crise, a quadruplé sa valeur.  

Igor et moi-même quittons Degrad des cannes le 24 à destination des îles du Salut. Nous effectuons la traversée sous spi et arrivons au coucher du soleil sur la baie des cocotiers. Nous sommes seuls au mouillage.



                                               Notre spi, cadeau de Volker


Le lendemain matin, nous visitons ce qui fut un bagne jusqu’en 1946. Albert Londres écrivait ‘’Ils ont mis l’enfer au paradis’’. Aujourd’hui, il ne reste que le paradis. De fait, les trois îles du Salut que sont l’île Royale, l’île St Joseph où l’on enfermait les prisonniers politiques et l’île du Diable, de sinistre réputation, sont aujourd’hui trois adorables petites îles couvertes de cocotiers et il est difficile d’imaginer que ces lieux aient pu constituer un enfer pour des milliers de détenus. Ce n’est qu’après avoir visité les cellules que l’on commence à se faire véritablement une idée de la chose. Faut-il que les hommes soient à ce point monstrueux !

Le temps est relativement beau depuis deux jours, ce que nous apprécions tout particulièrement en cette saison des pluies. Un coq poursuit un agouti. Igor donne à manger à des perroquets. Nous voyons des iguanes et des macaques capucins. Après midi de farniente car, demain, nous repartons pour plus de 600 miles. Le soir, nous nous faisons attaquer par un magnifique perroquet rouge et bleu qui en veut tout particulièrement à mes orteils. Il nous fait reculer au-delà d’une zone qu’il juge être son territoire…


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