dimanche 6 juillet 2014

Drôle de nouveau départ

De retour du Guatemala, heureux de retrouver ma terre, de voir mes arbres grandir, et de faire pousser des légumes au fil des saisons ...




Quelques années s'écoulent et puis, badaboum.., accident de parcours, me voilà reparti au taf.

L'ambiance change radicalement: Singapour, Jakarta, Bangkok, Kuala Lumpur...
Singapour représente à peu près tout ce que je déteste: Des tours et puis des tours et encore des tours, des bretelles d'autoroute dans tous les sens et entre elles, des kilometres de galleries marchandes climatisées où des robots humains marchent les yeux rives sur leur Iphone, sous le regard attentif des cameras. Gare à l'erreur! Big brother is watching you.. Je m'interroge sur ma presence en ces lieux.. 

Après deux mois dans cet enfer de béton et de verre, quelques éclaircies se dessinent: Un joli petit voyage au Myanmar tout d'abord, puis une escapade à Bornéo avec Laura qui m'a rejoint pour ses vacances. Me revoilà dans la nature avec le vague sentiment que cette dernière n'a pas encore dit son dernier mot. 

                 BORNEO





        Kalimantan qui constitue toute la partie indonésienne de Borneo, est couverte de forêts primaires presque exclusivement accessibles par voie d'eau. Nous atterissons à Palangka Raya, en bordure du Sungai Kahayan. Le niveau du fleuve est au plus bas,  ce qui nous permet d'apprécier les constructions sur pilotis. En outre, de nombreuses habitations sont flottantes. Nous embarquons sur un bateau assez spacieux et devrons par la suite changer notre monture au fur et à mesure que les voies d'eau se feront plus étroites. Nous sommes au début de la saison sèche.

 



   Nous sommes en pays Dayak. Il s'agissait à l'origine d'un peuple de chasseurs de têtes. Ils sont encore connus pour leurs tatouages, l'étirement de leurs lobes d'oreille, et leurs grandes maisons communautaires, les "Longhouses". S'ils ne chassent plus à la sarbacane, les Dayak ont néanmoins su conserver leur identité tribale tout en s'adaptant à l'islam et au christianisme.

Notre périple sur le fleuve, nous permet d'approcher des orangs outangs



   mais, ici comme ailleurs, la nature est menacée: Les plantations de palmiers à huile gagnent du terrain et, tout au long du fleuve, nous rencontrons des orpailleurs plus ou moins tolérés par les autorités:

Embarquation servant au pompage du sable (et de l'or). Après filtration, l'or est amalgamé à du mercure, particulièrement toxique, ,mais qui agit comme un aimant. 




  Les orangs outangs ont beaucoup souffert de la destruction d'une partie de la forêt. Nous rendons visite à la fondation BOS (Borneo Orangutan Survival) qui travaille à la protection de l'habitat naturel de ces animaux, participle à leur reinsertion quand il y a lieu et, par extension, milite contre la destruction de ces splendides forêts.


                Sérénité du fleuve à la tombée de la nuit;





  







mercredi 27 février 2013

Rio Dulce / Guatemala

1,50 m à 1,60 m, c’est la profondeur attendue à l’entrée du rio Dulce. Le Bonaventure tire 1,80 m mais nous savons qu’à marée haute, il y a lieu de rajouter 30 à 40 cms. Nous devrions donc avoir entre 1,80 m et 1,90 m d’eau sous la flottaison. J’imagine que nous allons un peu labourer les fonds de vase.
En réalité, nous ne toucherons pas et nous ne saurons jamais combien nous avions sous la quille car le sondeur du bateau avait choisi le moment où nous nous engagions dans la passe pour déclarer forfait. Il ne se remettra en route qu’après notre arrivée.
Les formalités à Livingston se terminent dans un grand éclat de rire après que l’employée de la douane ait failli tomber à l’eau en débarquant du Bonaventure. Ambiance décontractée...Nous nous sentons bien accueillis. Ils sont cinq à être monté à bord, cinq fonctionnaires de la douane, de l’immigration, de l’agriculture, de la santé et des affaires maritimes, mais aucun d’entre eux ne rentrera à l’intérieur du bateau.
Livingston, vendue pour être une plaque tournante de la drogue avec ses gangs, n’est qu’une gentille bourgade touristique. Un de ses charmes réside dans le fait qu’elle n’est accessible que par voie d’eau, mer ou rivière. Livingston est un peu la capitale des garifunas, mais je vois surtout des indiens dans la rue et quelques noirs, le tout donnant quelque chose de très coloré, moitié indien, moitié caribéen.
Nous nous engageons sur le rio et sur plus de huit miles nautiques, nous progressons au pied d’un canyon dont les rives abruptes sont une jungle épaisse et haute. Ici et là quelques habitations mayas et quelques riches propriétés, l’ensemble étant en harmonie avec le lieu. L’eau est couverte de pélicans.

Le Bonaventure sur le rio Dulce


Habitation Maya sur les bords du rio Dulce

Nous arrivons ensuite sur un lac de près de 20 kms de long, El Golfete.que nous devons traverser entièrement. Sérénité du fleuve après les houles de la mer des Caraîbes, sérénité de l’eau douce après des mois de sel dans l’air et dans les cheveux.  Enfin, nous approchons de Fronteras, après plus de 20 miles de navigation. Le fleuve s’est élargi. De nombreuses marinas se sont installées de part et d’autre du fleuve. Il y en a pour tous les goûts. Il s’agit pour nous d’en trouver une qui soit exposée à la brise d’Est pour que le bateau ne souffre pas trop de l’humidité en notre absence. Nous mouillons dans Monkey Bay à deux pas de quelques pontons que se partagent plusieurs propriétaires. L’endroit ne manque pas de charme : Au petit matin, nous sommes réveillés par les cris des singes hurleurs. Nous ne resterons pas là car le mouillage est trop éloigné de la ville et des moyens de communication. C’est finalement à Tijax que nous venons mettre le bateau en ‘’hivernage’’. S’en suivent deux jours de formalités diverses et de désarmement du bateau. Je pars ensuite en bus pour Guatemala city.    

Pour finir cette étape du voyage, une photo de l'équipage:

Caro


et Ras captain Jr




Passage au Honduras

450 miles nautiques, c’est le trajet que nous devons parcourir au travers de la mer des Caraïbes, pour rejoindre la première île se trouvant au nord du Honduras. Nous prévoyons quatre à cinq jours de navigation. Peu de vent et beaucoup de moteur le premier jour avec une houle de Sud-Est un peu agaçante, puis bonne brise et mer peu agitée à partir du deuxième jour.
Igor nous pêche une belle dorade – succulente –
            Au terme de notre 3ème nuit de navigation, nous approchons des îles Santillana et la tentation est grande d’aller nous dégourdir les jambes. Les îles Santillana, également connues sous le nom d’îles Swan en mémoire d’un pirate qui sévit dans les parages au XVIème siècle, sont perdues au milieu de la mer des Caraîbes, à plus de 300 miles de la Jamaïque, environ 180 miles des îles Caïman et à 120 miles de l’île Guanaja (Honduras) où nous nous rendons. Personne ne connait ces îles ; Elles ne sont qu’un point sur la carte, laquelle fait mention d’une zone interdite ; Elles sont entourées de hauts fonds et de récifs non cartographiés qui en rendent l’approche délicate (en guise de sondes, les cartes marines portent des points d’interrogation) ; Aucun projet sérieux n’y est envisageable car ces deux îlots (2kms de long pour le plus grand et 1.5 kms de long pour l’autre) sont, chaque année, ravagés par des cyclones. Ces îles ne sont pourtant pas tout à fait désertes. Jusqu’en 1980, les Etats Unis y opéraient une station météo. Les îles furent ensuite cédées au Honduras et elles sont désormais occupées par des militaires. Ce sont eux qui nous interpelleront par VHF alors que nous approchions prudemment d’une petite calanque sur la côte nord. Ils nous demandèrent de faire le tour d’Isla Grande pour venir nous déclarer. Sachant qu’un coup de vent se préparait, nous n’avions pas l’intention de perdre une demi-journée en formalités, nous les remerciâmes et reprîmes notre route. Les îles Santillana garderont ce parfum des ‘’belles passantes que l’on n’a pas su retenir’’.

            Notre revanche, c’est à Guanaja que nous l’aurons. Guanaja est la plus nord-est de toutes les îles de la Bahia, la plus isolée, et la moins fréquentée. Elle est entourée de cayes qui en rendent l’accès incertain. Certaines de ces cayes sont habitées et sont autant de petit paradis pour ceux qui y résident. Sur les 10 000 habitants de l’île, 8 000 sont concentrés sur la petite ville de Bonacca, laquelle a été construite à cheval sur deux cayes. Ici, comme dans toute l’île, il ne peut y avoir de voiture. Toute la circulation se fait soit en bateau car Bonacca est traversé par des canaux qui lui donnent un petit coté vénitien, soit à pied dans des ruelles qui ne font pas plus d’1m50 de large. Guanaja est un havre de paix qui ne se reconnait pas comme faisant partie du Honduras, lequel ne fait rien pour équiper l’île. Les habitants ayant pris l’habitude de se débrouiller seuls (y compris sur le plan énergétique), il n’y a ni impôt ni aucune taxe de quelque ordre que ce soit.




           





Dans la perspective du coup de vent annoncé, nous allons nous réfugier à El Bight, un abri à cyclone entouré de mangrove. A terre, un bar tenu par des allemands arrivés sur l’île au début des années 90, quelques rares habitations, joliment fleuries. Certaines disposent de leur propre petit ponton leur permettant l’accès à la mer. Ici, ni délinquance, ni criminalité, les maisons restent ouvertes et sans surveillance. Ceux qui y vivent ont le sentiment de se trouver dans un des derniers refuges de paix et de liberté qui puissent encore exister sur cette planète.


           
Passé le coup de vent qui n’en fut pas vraiment un, nous reprenons notre route Ouest-Sud-Ouest. Belle navigation sous spi, mais nous sommes fatigués de la mer et de toutes ces heures d’inactivité. L’ambiance à bord n’est plus tout à fait la même. Le soir venu, nous arrivons aux Cayos Cochinos, un archipel de 13 petits îlots coralliens de toute beauté, devenu réserve maritime et abritant une mission scientifique. La plupart de ces îles sont au ras de la mer avec de superbes plages de sable blanc entourées de récifs et de lagons aux eaux turquoises façon carte postale, mais c’est à l’abri de la plus haute et plus grande île que nous trouvons un abri. Là vivent encore quelques garifunas, mélange d’amérindiens carib et d’anciens esclaves d’origine africaine. Pendant que les enfants se reposent, je fais un tour sur l’île : Végétation tropicale totalement vierge, nombreux oiseaux. C’est tout simplement magnifique.


Le soir même, nous repartons sur Utica pour y effectuer nos formalités de sortie du Honduras, nous n'y passons pas plus d’une heure et nous repartons vers le rio Dulce (Guatemala).

Jamaica

mercredi 30 janvier 2013

En route pour Haiti

Le 4 janvier, les enfants débarquent. Il ne m'est pas désagréable d'être enfin seul en tête à tête avec le Bonaventure. Pas tout à fait seul en réalité car il y a des centaines de bateaux dans le cul de sac du Marin. Je n'aime pas trop cette ambiance martiniquaise plus française que nécessaire. Le Marin est une enclave internationale de couleur blanche au milieu de la Caraïbe. Dépaysement à l'envers..Je reste à bord faire de la maintenance.

Jours suivants: Il pleut sans discontinuer. Météo France annonce Grand Frais avec une mer très forte et des rafales à 40 nœuds. Une nuit, le dinghy se retourne: Moteur dans l'eau de mer, jerrican d'essence et rames à la dérive. Je suis bon pour un démontage complet du moteur. Gérard (bateau Anahita) me fait cadeau de deux rames et d'un petit bidon d'essence. Merci...

Le 7 janvier, Guillaume nous arrive du Maroc. Je retrouve également Igor et Caroline. Les conditions météo restent inchangées et nous restons bloqués deux jours avant de quitter la baie du Marin que nous avons surnommée ‘’staphylocoque bay’’. Remontée sur l’anse d’Arlet pour une grosse fête avec les amis d’Igor et de jeunes espagnols, puis sur St Pierre et Roseau (Dominique) où nous arrivons le 12 janvier après midi. Je ne souhaite plus trainer dans les petites Antilles et nous décidons  de faire route directe sur Hispaniola. Faux départ le 13 janvier car, après cinq heures de navigation rapide, nous réalisons que nous n’avons plus de gaz pour la cuisinière. Nous rentrons sur Portsmouth contre vent et courant. Le 14, nous sommes enfin en route, sous spi, jusqu’à ce que la poulie de drisse explose en haut du mât et que le spi se retrouve à l’eau...
S’en suivent quatre jours et quatre nuits de navigation dans de bonnes conditions météo et avec de la bonne humeur à bord. Nous arrivons le 18 à l’aube sur le rio Dulce pour effectuer les formalités d’entrée. Accueil pittoresque des autorités le long d’un vestige de quai dont il ne reste quasiment plus que les fers à béton. Nous devons accoster avec précaution.


Le quai des douanes où nous accostons


De là, nous sommes aiguillés sur le port de Casa de Campo (la maison de campagne). Notre déception est réelle car nous nous retrouvons dans la marina d’un  complexe totalement artificiel de plus de 3000 hectares et qui longe la côte sur une vingtaine de kilomètres. Nous reprenons notre route vers l’ouest. La côte Caraïbes de la République dominicaine est d’une laideur sans nom. C’est une côte plate d’où se détachent plusieurs raffineries de sucre, des barrières d’immeubles géants et des complexes hôteliers qui me donnent l’impression d’être revenu dans les endroits les plus déplaisants de la côte espagnole. Nous arrivons à St Domingue dans la nuit. Le port est un cloaque où transite tout ce que peut charrier le fleuve Ozama après avoir traversé une métropole de 3 millions d’habitants. A l’ouest de St Domingue, la côte est un peu plus sauvage. Elle le devient vraiment à l’approche du cap Beata que nous passerons après 24h00 de mer. Quatre heures supplémentaires seront nécessaires pour trouver un abri derrière le cap. Cet endroit du bout du monde fut un refuge de pirates. Il n’y vit plus que des iguanes. Nous mouillons dans la baie de Las Aguilas, une plage déserte de 10 kms. Au cours de la traversée, Igor nous avait pêché un beau barracuda. Nous avons également rencontré des pêcheurs qui nous cèdent trois langoustes, un mérou et quelques kilos de lambis. Ce soir, c’est feu de bois et barbecue sur la plage.  


Guillaume préparant le barracuda

En route pour Haïti, nous ne croiserons pas un seul bateau. En panne de vent, nous ne tardons pas à nous retrouver également en panne de gasoil et nous devons nous dérouter sur Jacmel. C’est là que nous rencontrons pour la première fois depuis la Martinique, un bateau de voyage. Je reconnais Goyave, le bateau de Daniel que nous croisons et recroisons depuis le Brésil. Décidemment !
Daniel est à Jacmel depuis un mois. Il s’occupe d’une petite association d’orphelins.
Jacmel, petite ville au Sud Est d’Haïti, connut son heure de gloire au XIXème siècle avec le boom du café. Des lignes régulières reliaient alors Jacmel à Southampton et Le Havre. De nombreuses maisons de style colonial sont encore debout mais des séismes successifs ont saccagé la ville. Certaines rues donnent l’impression d’avoir subi un véritable bombardement. La sécurité sanitaire n’est pas assurée et les orphelins ne se comptent plus. Pourtant la jeune population semble ne pas vouloir cesser de vivre et de créer et l’adversité n’a pas entamé la pulsion de vie très africaine de cette jeunesse.
Je ne sais ce qu’il en est du reste de l’île, mais je m’étonne qu’à Jacmel, la communauté internationale ne se soit pas prioritairement concentré sur le problème de l’eau. Celle-ci ne manque pas, mais elle est gravement polluée.


La rivière de Jacmel




Le soir de notre arrivée, nous assistons à une cérémonie vaudou. Le péristyle s’est installé dans une cour à ciel ouvert entourée de cases en tôle ondulée. L’Afrique...
Le lendemain, sur le marché, nous trouvons des agrumes, quelques légumes, et surtout du riz blanc vendu dans des sacs frappés du drapeau nord américain. Il me revient en mémoire les propos de Marie Monique Robin qui, dans son livre ‘’Les moissons du futur’’, explique que jusqu’au début des années 80, l’île était autosuffisante en riz car la production locale était protégée par une taxe à l’importation de 30%. Le pays a subi deux plans d’ajustement structurel et, sous la pression du FMI, les droits de douane ont été abaissés à 3%. Le résultat est sous nos yeux. Dans son livre ‘’Destruction massive, géopolitique de la faim’’, Jean Ziegler explique : ‘’Fortement subventionné, le riz nord-américain a envahi les villes et les villages haïtiens et le gouvernement est maintenant obligé de consacrer 80% de ses revenus à l’achat de nourriture, tandis que les petits riziculteurs ont massivement migré vers les bidonvilles de Port au Prince''.
Après le marché, nous nous offrons une petite escapade jusqu’à ‘’Bassin bleu’’, une parenthèse de fraîcheur, d’eau douce et de verdure au milieu des montagnes arides qui entourent Jacmel. En chemin, nous rencontrons des casques bleus sri-lankais. Nous sommes dimanche et ils se rendent à la cascade. Nous nous étonnons qu’ils aient, pour un simple pique-nique déployé tant de moyens. En effet, tous ces soldats sont lourdement armés. Nous discutons avec eux et ils nous apprennent que leur mission à Port au Prince est une mission de police. Chose amusante, nous nous ferons ramenés à Jacmel dans un véhicule des Nations Unis aux vitres teintées.
Etape suivante : L’île à vache où le célèbre pirate, Sir Henry Morgan, avait débarqué des animaux pour qu’ils s’y reproduisent à l’abri des prédateurs et puissent lui assurer les ravitaillements en viande dont il avait besoin. Un guide que nous ne citerons pas nous avait  recommandé la marina de port Morgan où nous espérions pouvoir nous ravitailler en eau potable. Cette marina n’existe pas et n’a jamais existé. Port Morgan est en fait un joli mouillage parfaitement protégé sur 360° (Il faut virer quatre fois à 90° pour atteindre ce cul de sac entouré de mangroves, de plages de cocotiers et d’un hôtel de luxe...la prétendue marina..) Seuls quelques villageois qui nous abordent en pirogue nous rappellent que nous sommes en Haïti car l’île semble être devenue un lieu de retraite privilégié pour les riches notables de Port au Prince et pour quelques étrangers. Nous reprenons notre route...
Mouillage à l'île à vache


Dernières images d'Haiti:

Petit village de pêcheurs sur l'île à vache: paix, calme et sérénité sont au rendez vous. Les gens ne sont pas bien riches mais, loin de la ville, ils vivent très correctement de leurs jardins et d'un peu d'élevage. la plupart d'entre eux n'ont pas l'électricité, mais rien ne donne l'impression qu'il puisse en soufrir de quelque manière que ce soit. Il y a un petit dispensaire sur l'île et plusieurs petites écoles. 


 





mardi 1 janvier 2013

Nouvel an


 
Le 4 janvier, les enfants débarquent. Il ne m'est pas désagréable d'être enfin seul en tête à tête avec le Bonaventure. Pas tout à fait seul en réalité car il y a des centaines de bateaux dans le cul de sac du Marin. Jen'aime pas trop cette ambiance martiniquaise plus française que nécessaire. Le Marin est une enclâve internationale de couleur blanche au milieu de la Caraïbe. Dépaysement à l'envers..Je reste à bord faire de la maintenance.

Jours suivants: Il pleut sans discontinuer. Météo France annonce Grand Frais avec une mer très forte et des rafales à 40 noeuds. Une nuit, le dinghi se retourne: Moteur dans l'eau de mer, jerrican d'essence et rames à la dérive. Je suis bon pour un démontage complet du moteur. Gérard (bateau Anahita) me fait cadeau de deux rames et d'un petit bidon d'essence. Merci...

Le 7 janvier, je dois retrouver Igor et Caroline. J'attends également Guillaume qui arrive du Maroc. Les conditions météo restent inchangées et notre programme est donc incertain.



vendredi 7 décembre 2012

Retour aux Antilles - Dominica

16 novembre 2012. Je suis de retour à Grenada. Le bateau a beaucoup souffert de l’humidité. Heureusement, Igor m’a précédé d’une semaine et le plus gros du nettoyage est déjà fait. Une communauté de petites grenouilles s’est installée à bord. Nous décidons de les garder car elles chassent les moustiques. Nous avons également quelques gecko, ces petits lézards blancs, eux aussi friands de moustiques.
Le 22, le bateau est à l’eau et nous partons mouiller à St Georges. Le lendemain, nous sommes à Cariacou, la plus grande des îles grenadines. Bien que très fréquenté, le mouillage est tranquille. Nous rencontrons Paul, un irlandais, qui travaille dans le secteur depuis quelques années. Il se trouve que Paul a vécu six ans sur la commune de Prayssas. Décidemment, le monde est petit !
Nous repartons le lendemain matin sur Bequia. L’Admiralty Bay ne nous enchante guère et nous n’y faisons qu’une courte escale avant de remonter sur Sainte Lucie. Après une belle navigation au près bon plein dans une mer un peu agitée, nous posons l’ancre entre les deux pitons qui se trouvent au sud de la soufrière. Le décor est splendide et nous ne sommes que quatre bateaux à mouiller entre ces deux pains de sucre volcanique de 750 et 800 mètres de haut. Il est malheureux que la plage de ce site absolument superbe soit, aujourd’hui, la propriété exclusive d’un complexe hôtelier de luxe.
Le 28, nous sommes au Marin. Igor est ému de retrouver sa Martinique après quatorze mois de voyage en Amérique latine. Igor parle avec affection de ces animaux sauvages dont il s’est occupé pendant huit mois en Bolivie. Il me raconte également ses six mois d’itinérance au Pérou, en Equateur, en Colombie et au Venezuela où il vivait de son artisanat. Le 29, Igor rend visite à sa mère. Je reste à bord effectuer quelques réparations sur le bateau.     
Laurence nous rejoint le 30. Igor reste à terre pour reconstituer son compte en banque. Laurence et moi-même continuons vers le nord. Nos sentiments sont contrastés : La petite anse d’Arlet ou le mouillage de Case Pilote nous sont très agréables : Petits bourgs ‘’couleur locale’’ et poules qui courent sur la plage. L’anse Mitan, en face de Fort de France, nous donne par contre l’impression de nous trouver à la Grande Motte... Le 5 décembre, nous traversons le canal de Dominique et atterrissons à Roseau où nous apprenons que depuis 2007, le gouvernement a lancé un programme visant à transformer la Dominique en ‘’île biologique’’. Nous prenons la décision de traverser l’île à pied en suivant le ‘’Waitukubali National Trail’’. Il s’agit d’une randonnée en 14 étapes de 6 à 15 kms chacune, représentant trois à huit heures de marche quotidienne à travers les parcs nationaux et notamment celui des Trois pitons, la ‘’Central forest reserve’’, le territoire des indiens Carib et le parc du morne Diablotins. Beau trekking en perspective au travers d’une île demeurée sauvage et dont la luxuriance devrait nous combler...  
Arbres à pain, bananiers, cacaoyers, manguiers, muscadiers, papayers, caféiers, cocotiers, pamplemoussiers, citronniers, pour ne citer que les arbres à fruits, et j’en oublie certainement quantité d’autres, ont jalonnés notre première journée de marche. Que de générosité ! Mais il n’y a pas de secret : Il pleut chaque jour sur la Dominique pendant la saison sèche et je n’ose imaginer ce qu’il en est pendant la saison des pluies. Ajoutez à cela la canne à sucre, les vaches, les cochons, les poulets et bien sûr la pêche et vous comprendrez que les dominicains n’ont pas besoin de supermarchés. Nous achevons cette première journée de marche à la Soufrière : rivières d’eau chaude, émanations sulfureuse de la terre...
Le deuxième jour de marche, nous permet d’approcher la ‘’rain forest’’, esquisse d’une forêt primaire totalement préservée, mais qui reste accueillante : Les mêmes plantes que la veille en un peu plus dense. C’est une forêt sans danger (ni félin, ni quelque prédateur que ce soit, à l’exclusion du centapi, un mille pattes peu recommandable). On ne voit guère le ciel en circulant dans cette forêt mais cela a ses avantages : On y est abrité de la pluie.

Laurence dans la jungle


Nous finissons la journée à Bellevue Chopin, chez Ruby et Gordon Royer. Ce couple vit en totale autosuffisante sur une exploitation bio de 9 hectares. Rien de ce qui est consommé chez eux n’a d’autre origine que leur propre production. Une belle leçon et plein d’idées à partager..


Gordon préparant son huile à base de coco
         

     Après une nuit passée dans les hamacs, nous reprenons notre route escarpée : Six heures de dénivelés impressionnants entre des massifs volcaniques  d’environ 1000 m de haut. Fatigués, nous rentrons sur Roseau en stop et nous offrons une nuit de repos à bord du Bonaventure.      
    Quatrième étape de notre périple : Le ‘’boiling lake’’. Il s’agit d’un cratère volcanique rempli d’une eau qui boue en permanence ; La température y est, parait-il, de 180° en surface. C’est le deuxième plus grand lac de cette nature au monde. Dans un premier temps, nous devons grimper au travers d’une forêt sombre et dense. Laurence trouve que c’est une forêt de conte de fées. Je préciserais ‘’conte de fées tropical’’. Au sommet de la montagne, nous sommes dans les nuages et il fait froid. Nous redescendons sur l’autre versant pour atteindre la vallée de la désolation. Elle porte ce nom car l’omniprésence du soufre y interdit toute végétation. La vallée est traversée par des rivières d’eaux chaudes et d’eaux froides qui parfois se croisent pour donner une eau tiède. Ici et là, nous entendons le souffle du cœur de la terre s’échapper d’entre les pierres. Ailleurs, ce sont des petits bassins d’eau en ébullition. Mieux vaut faire attention où l’on met les pieds car le sol n’est pas toujours meuble et dessous, c’est au choix la cocotte minute ou l’enfer ‘affaire d’imagination). Après trois heures de marche, nous atteignons enfin le ‘’boiling lake’’. Je ne saurais le décrire mieux que Laurence qui parle d’un voyage au centre de la terre.

Boiling lake


                Le lendemain, nous partons en territoire Carib (Kalinago, pour être précis et ménager les susceptibilités) où nous visiterons Max, un martiniquais, seul étranger accepté par la communauté indienne, sans doute parce qu’il a su respecter les traditions des anciens. Ici, la terre n’appartient à personne. Seul ce que tu produis t’appartient. Max nous fait découvrir les techniques agricoles et la pharmacopée locale, mais notre escale est bien brève et je me promets d’y revenir. Au petit matin, nous faisons bouillir du lait de coco et quelques fèves de cacao et nous prenons la route non sans avoir absorbé une grande décoction de gingembre.

Le fils de Max

L’après midi, nous descendons en stop jusqu’au lieu-dit Délices, avec l’intention de nous rendre à Victoria Falls, la plus grande cascade de l’île. En arrivant,  nous prenons l’apéro avec les vieux du village. Nous sommes une douzaine de personnes dans un bar de 15m2 et l’ambiance est chaude. Le soir, nous sommes hébergés par Moses (Moïse), un rasta chez qui nous mangeons Ital dans des calebasses en utilisant des cuillères en noix de coco. Nous sommes maintenant sortis de Babylone et avons rejoint Zion Valley pour une soirée de rêves. Dans les années 70, les rastas ont été persécutés. En 1974, la loi ‘’Dread Act’’ autorisait les citoyens à tirer à vue sur les rastas. Ces derniers se réfugièrent en forêt, un peu comme les Kalinago le firent quelques siècles plus tôt. Aujourd’hui, les vieux rastas fument toujours l’herbe de sagesse, mais leurs petits enfants sont scotchés sur un écran. Mondialisation !












Moses & ses petits enfants


Le matin, nous buvons du thé de cannelle et quittons Zion Valley pour une marche non balisée de sept heures à travers la montagne. Nous y traverserons des dizaines de rivières (sans doute vingt ou vingt cinq) toutes plus belles les unes que les autres. Un véritable jardin d’Eden ! Le soir, nous sommes de retour à Roseau où le Bonaventure nous attend sagement.
                A ceux que cela intéresse, je recommande trois ouvrages intitulés ‘’Fleurs et jardins tropicaux’’, ‘’Fruits des tropiques’’ et ‘’Plantes médicinales’’ qui peuvent être commandés sur le site http://www.exbrayat.com
                Le 17 décembre, nous redescendons sur St Pierre en Martinique pour y livrer les calebasses Carib que Max nous avait confiées dans la perspective des marchés de Noël. La traversée se fait sans vent. St Pierre est une petite ville bien triste qui paraît à l’abandon. Le 18 décembre, nous décidons de faire l’ascension du mont Pelée. Malheureusement, le sommet est dans les nuages et la visibilité nulle. L’après midi, nous reprenons notre route vers le sud : Jolie brise par le travers de la baie de Fort de France. Nous progressons bon plein à 7 nœuds et mouillons à 18h00 devant le bourg d’Arlet, le plus joli mouillage de la côte sous le vent où nous ayons eu l’occasion d’escaler en Martinique. Nous poursuivons ensuite jusqu’au Marin pour effectuer les pleins d’eau et de gasoil. Le 20 décembre, Laura arrive par avion et nous repartons aussitôt mouiller devant la grande anse d’Arlet. Soirée reggae...Le vent souffle grand frais dehors et je ne suis pas mécontent d’être à l’abri.    
                Ballade sur la presqu’île de la Caravelle, puis le long du canal de Beauregard, appelé aussi canal des esclaves car il fût construit en 1760 par des esclaves pour alimenter les distilleries du Carbet. Des arbres magnifiques (fromagers, gommiers rouges) le long du parcours.

                Le 25 décembre, Laurence doit rentrer en France.
Elle cache pudiquement sa tristesse que je partage. Ce furent des vacances bien courtes. Le lendemain matin, nous reprenons la route vers le nord. A bord, Laura, Igor et Caroline, une jeune bateau stoppeuse. Nous transportons des denrées alimentaires pour la Dominique avec l’intention de les livrer à Max.   

Commentaires de l'équipage:

Igor: ''Lucky me, I've been there for a while. It's probably the wilder island in West Indies. There are flowers, fruits, thousand kind of trees, and it's really cultural with real Rastafarism, real bushmen. You can eat real Ital food there. Everybody is so nice ansd smilly. There are trails and waterfalls everywhere. It's one of my prefered place in this world. Dominica, nothing hearts, everything beautiful'' 



Laura: ''La Dominique est une île vraiment magnifique où la végétation est présente partout et d'une diversité incroyable. Il suffit de quelques kilomètres pour sortir de la ville et rentrer dans la jungle où seuls quelques rares rayons du soleil traversent les feuilles des immenses arbres. Les gens sont accueillants et très zen. Beaucoup sont en harmonie avec la nature et malgré la différence de langue, j'ai réussi à communiquer et passer un bon moment avec eux sur cette île paradisiaque aux cascades d'une gigantesque puissance'' 



Caroline:  ''Pieds nus dans le Zion ou attablés devant une Kubuli, l'île aux 365 rivières a su nous montrer ses délices. Jardin d'eden caché des yeux du monde, il suffit de tendre la main pour goûter à tes merveilles. Le peuple que tu héberges est à ton image: Doux, franc et généreux. Le voyageur qui se perd sur tes sentiers n'a pas fini d'être surpris.''